Epilogue :

Camille retourna donc au CDI et redemanda à consulter le carnet. Il ne contenait plus aucune page vierge ! C’était impossible que ce ne soit pas le même carnet ! Elle rechercha fébrilement le passage de l’appel au secours puis entreprit la lecture des passages qu’elle n’avait jamais lus. Interloquée à la lecture de son prénom, elle lut et relut les mêmes lignes. Un visage griffonné à la hâte apparaissait à plusieurs reprises dans les marges. Elle eut la certitude qu’il s’agissait bien d’elle. Le rêve avait donc une signification réelle. C’était bien elle, Camille, qui avait vécu cet improbable voyage dans le temps.


Plus rien ne put arrêter sa lecture avide. Ils avaient bien partagé le même aventure, les mêmes sentiments, la même exaltation d’avoir rencontré l’âme sœur et le même déchirement face à la séparation irrémédiable. Elle comprit alors qu’ils s’aimaient. Seulement Hadrien était né en mille huit cent trente quatre et Camille en mille neuf cent quatre vingt quatre ! L’important était maintenant de savoir ce qu’Hadrien était devenu. Dès le lendemain, elle profita d’un moment de répit dans la journée pour demander aux documentalistes de sortir des archives l’annuaire des élèves des années 1850-1860. Les trois petits carnets cartonnés, reliés de rouge, correspondant à ces années n’avaient jamais été consultés, ce qui l’obligea à demander un coupe-papier. Ils étaient posés devant elle, sur la table, à sa disposition. Elle hésita quelques secondes avant de les ouvrir puis, méthodiquement, commença sa recherche. Le premier volume ne répondait pas à son attente, il contenait les éphémérides : elles retranscrivaient le détail des activités du collège. Le second donnait la liste alphabétique des élèves inscrits pour ces années dans le collège. Chacun portait un numéro qu’il conservait durant toute sa scolarité. On trouvait même l’adresse de chacun : Hadrien avait continué d’habiter Uzès. Il portait le numéro onze. Elle put suivre d’année en année son cursus scolaire jusqu’à sa réussite au baccalauréat en mille huit cent cinquante six.


Au fil des semaines, Camille approfondit ses recherches et découvrit ainsi les annonces concernant Hadrien : son mariage, la naissance de ses deux enfants et soixante ans plus tard, le onze janvier mille neuf cent dix, son décès.
" Nous apprenons avec regret le décès d’Hadrien Teyssier, homme de lettres, père
de Marcel Teyssier, professeur d’histoire au lycée. "
Le week-end suivant, elle se rendit au cimetière d’Uzès pour y consulter le registre et, par chance, y trouva l’emplacement de la tombe d’Hadrien. Non sans quelque émotion, elle se dirigea vers le carré numéro neuf.


Elle avait apporté le roman écrit avec sa classe pour le cent cinquantième anniversaire du lycée. Pour thème de ce roman, ils avaient inventé cette histoire mais, elle seule, Camille Chautard, connaissait la réalité de cette rencontre.
La tombe était sobre mais noble. Elle y déposa le livre. Un seul nom y était inscrit
Hadrien Teyssier 1834 - 1910
Suivi d’une épitaphe, ultime message d’Hadrien, du moins, voulait-elle le croire :
Fidèle à ceux que j’ai aimés … à travers le temps.

retour roman

Extraits 5 : "Un lycée d'enfer"