Extraits (4) de la Bête :

"La Bête partit en direction d’une roubine où elle avait l’habitude de s’abreuver, foulant de ses racines l’herbe humide de rosée.
Elle ne remarqua pas un tapis de feuilles qui n’était pas présent la veille. Le sol se déroba sous son poids. Elle gisait désormais à trois mètres de profondeur, impuissante à remonter, sans force. Ses branches tordues ne supportaient plus le poids de son tronc. Quelque chose d’insolite frappa son regard. Un filet empêtrait ses racines. Elle était tombée dans un piège. Un piège pour qui ? Pas une seconde, elle ne pensa à elle jusqu’à ce que des voix humaines viennent à ses oreilles. Deux ombres se projetaient au-dessus d’elle. Deux hommes qu’elle ne connaissait pas, et dont la détermination ne lui laissait présager rien de bon.
- Nous l’avons, s’exclama GéBé, plongeant sans vergogne sa caméra dans la cavité.
-A nous la gloire, dit Emile, le bras levé.

 


La Bête se demandait quelle attitude adopter. Avaient-ils découvert son secret ? Devait-elle parler ? Non, cela aggraverait son cas. Qu’allait il advenir d’elle ? Sa peur était telle que l’humanité de ses traits se fondait dans l’écorce.
- Tu es muette aujourd’hui ? Demanda, goguenard, Emile. La France entière te regarde, fais un effort !
La Bête, accablée poussa un long cri de détresse. La brise s’en empara et l’emporta jusqu’aux oreilles de la créature pensant – à juste titre – qu’elle seule celle-ci pourrait l’aider.
La nature, quand à elle, face à cette tragédie, frappée par l’injustice qui touchait l’un de ses membres, assistait, impuissante, à l’agonie de l’arbre.

 


Sur la berge de la roubine un saule pleureur s’étranglait dans ses sanglots. Sous le vent, ses ramages s’inclinaient pour un dernier hommage à ce frère dans le malheur. Un peu en retrait, un sapin, vert de peur, perdait ses aiguilles, tremblant d’émotion. Sous le choc de cette terrible frayeur, un peuplier avait comme des frissons. Les joncs et les jonquilles d’eau assistaient à ce drame pathétique : un arbre si vieux, si sage, en un instant happé par ces sauvages.
Les hérons, les aigrettes se joignirent en grand nombre à l’assemblée végétale pour appeler au secours, tandis que de fragiles roseaux, tapis dans l’ombre, courbaient l’échine, accablés par l’évidence."


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