"La Bête partit en direction dune roubine où elle avait lhabitude de sabreuver, foulant de ses racines lherbe humide de rosée.
Elle ne remarqua pas un tapis de feuilles qui nétait pas présent la veille. Le sol se déroba sous son poids. Elle gisait désormais à trois mètres de profondeur, impuissante à remonter, sans force. Ses branches tordues ne supportaient plus le poids de son tronc. Quelque chose dinsolite frappa son regard. Un filet empêtrait ses racines. Elle était tombée dans un piège. Un piège pour qui ? Pas une seconde, elle ne pensa à elle jusquà ce que des voix humaines viennent à ses oreilles. Deux ombres se projetaient au-dessus delle. Deux hommes quelle ne connaissait pas, et dont la détermination ne lui laissait présager rien de bon.
- Nous lavons, sexclama GéBé, plongeant sans vergogne sa caméra dans la cavité.
-A nous la gloire, dit Emile, le bras levé.
La Bête se demandait quelle attitude adopter. Avaient-ils découvert son secret ? Devait-elle parler ? Non, cela aggraverait son cas. Quallait il advenir delle ? Sa peur était telle que lhumanité de ses traits se fondait dans lécorce.
- Tu es muette aujourdhui ? Demanda, goguenard, Emile. La France entière te regarde, fais un effort !
La Bête, accablée poussa un long cri de détresse. La brise sen empara et lemporta jusquaux oreilles de la créature pensant à juste titre quelle seule celle-ci pourrait laider.
La nature, quand à elle, face à cette tragédie, frappée par linjustice qui touchait lun de ses membres, assistait, impuissante, à lagonie de larbre.
Sur la berge de la roubine un saule pleureur sétranglait dans ses sanglots. Sous le vent, ses ramages sinclinaient pour un dernier hommage à ce frère dans le malheur. Un peu en retrait, un sapin, vert de peur, perdait ses aiguilles, tremblant démotion. Sous le choc de cette terrible frayeur, un peuplier avait comme des frissons. Les joncs et les jonquilles deau assistaient à ce drame pathétique : un arbre si vieux, si sage, en un instant happé par ces sauvages.
Les hérons, les aigrettes se joignirent en grand nombre à lassemblée végétale pour appeler au secours, tandis que de fragiles roseaux, tapis dans lombre, courbaient léchine, accablés par lévidence."